Mon business dans le terr-terr

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Un jeune sur deux rêve de créer son entreprise. Les jeunes des quartiers populaires, beaucoup plus réalistes, visent les commerces de proximité sur leur territoire. Portrait de la jeune génération de businessmen locaux, beaucoup plus stratèges qu’ils ne veulent le faire croire.  

Il y a dix ans, Yacine alors âgé de 18 ans à Goussainville (Val d’Oise), était au coeur des émeutes. A deux pas de chez lui, dans cette ville voisine de Villiers-le-Bel, on déplorait des incendies de véhicules, de camions et même d’une crèche.  

 

Ambitions commerciales 

Yacine lui, a pris soin de se tenir à l’écart. « Chaque jour, quand le soleil se couchait, les jeunes partaient en mission commandos. Il y a avaient les leaders est les suiveurs… Mais moi, je restais chez moi, ou j’allais au cinéma… Je savais que je pouvais faire de la prison juste en étant au mauvais endroit, au mauvais moment ». Réaliste, il entretenait déjà des ambitions commerciales. Une décennie plus tard, son CAP mécanique en poche, Yacine est aujourd’hui patron de son agence de location de voiture de luxe dans sa ville. Il s’est même mis à vendre des véhicules, au rythme d’une vente tous les deux jours environ… En place depuis 2011, il a deux salariés et des chiffres « satisfaisants », raconte celui qui préfère rester discret sur ses recettes.  

 

Préoccupations de leur génération 

Il est formel, dans sa ville comme dans d’autres territoires populaires, les jeunes veulent avant tout ramasser un petit pécule pour se lancer. « Ce n’est qu’une étape, on met la main à la pâte au départ. Mais l’objectif est que la machine soit bien huilée et surtout qu’elle rapporte de l’argent ». Et ensuite, il s’agit d’investir dans un autre business, plus ambitieux, encore plus lucratif. « Je n’ai pas fait Harvard mais je connais les business qui marchent… Je sais ce qui peut rapporter de l’argent ». Dans les quartiers populaires, en effet, les jeunes qui se saisissent de fonds de commerce se lancent de plus en plus dans des idées proches des préoccupations de leur génération.Fast food modernisés (les « food trucks » font par exemple florès, plus d’une quarantaine, pas forcément déclarés, seraient en circulation à Nanterre par exemple !) ou restaurants gastronomiques halal, bar à chicha, mais aussi les classiques supérettes ou boulangeries, incontournables dans la vie des quartiers.  

 

« Il faut venir voir comment on trime ! » 

A Amiens (Picardie) qui était sous le feu des projecteurs en août 2012 avec des émeutes, suite au décès d’un jeune en moto, on a vu apparaître des bar à chicha. Fadel, 23 ans seulement, s’est lancé il y a deux ans. « Depuis que je suis tout petit j’en rêve » raconte-il. Avec son associé, ils ont commencé doucement en misant sur leurs propres réseaux d’amis. Puis grâce à Facebook et autres moyens de communications, il s’est constitué sa petite clientèle notamment lors des soirées football. « Parfois on dit que les jeunes ne veulent pas travailler, qu’ils manquent d’ambition, il faut venir voir comment on trime ! » lance-t-il.  « Le plus important, c’est la motivation. Ca change tout quand on travaille pour soi ».  

 

Plus de demande de création dans les quartiers populaires 

Une tendance confirmée par Grégory Bénas, responsable de BGE Parif, le réseau d’accompagnement à la création d’entreprise en Ile-de-France. Dans un bus, des conseillers vont à la rencontre des gens directement sur leur territoire comme récemment à Clichy-Montfermeil. « Dans les quartiers populaires, nous constatons souvent beaucoup plus de visites et des demandes très précises. Ce qui attire beaucoup en ce moment ce sont les Voiture de transport avec chauffeurs (VTC) » observe-t-il. Et de reconnaître que le régime de la micro-entreprise a permis de doper la création d’activité dans les quartiers, notamment : « 50% des créations se font sous ce régime. Ca apparaît comme un bon test, d’autant que les entreprises elles-mêmes sont rétives à embaucher : elles acceptent plus facilement de sous-traiter à des prestataires en micro-entreprise ! » 

« Les jeunes ont des idées plein la tête, et il y a énormément de sociétés qui se lancent mais surtout qui marchent et qui créent des emplois » observe Majid El Jarroudi directeur de l’Adive, agence pour la diversité entrepreunariale. Selon une étude Opinion Way qu’il a commandé le 17 novembre 2010 et réalisée auprès de 400 entreprises de moins de 5 ans situées en  Zones Urbaines Sensibles (ZUS), la proportion de jeunes entrepreneurs de moins de 40 ans est de 50% dans les ZUS contre 33% sur l’ensemble du territoire. Le taux de création d’entreprises y est deux fois plus supérieur à la moyenne nationale. 

Lui comme d’autres personnages incontournables de la création d’entreprise dans les quartiers, militent de longue date pour une enquête complète sur les chiffres de la création d’entreprise dans les ZUS. Une façon selon lui, de changer les regards avec des chiffres incontestables à la clés.  

 

Mérième El Alaoui / Saphir news pour Banlieues + 10